L’astrologie humaniste revisitée

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Cet article doit beaucoup à un texte de Michael Meyer dans lequel il se propose de « revisiter » l’astrologie humaniste et où il s’interroge sur les crises que traverse, selon lui, l’astrologie aujourd’hui. 

Michael Meyer anime un site, Khaldea, que vous trouvez ICI. Site très précieux pour l’héritage que nous a laissé Dane Rudhyar. Certains voient en lui l’« enfant terrible » de l’astrologie. Un enfant terrible particulièrement important, accessible pour vous à travers ses livres. Son Handbook for the Humanistic Astrologer est incontournable pour qui veut pratiquer l’approche humaniste de l’astrologie.

L’article de Michael Meyer, Humanistic Astrology revisited, est accessible en suivant CE LIEN

Il y a une chose étonnante. Malgré la contribution de Rudhyar, qui date maintenant de pas mal d’années, la façon dont l’astrologie est utilisée n’a pas beaucoup changé. Beaucoup d’astrologues continuent à classer les planètes, les aspects et les autres objets astrologiques en deux catégories. Bons ou mauvais, favorables ou défavorables. Ils continuent à délivrer des prédictions, à la demande de leurs clients. Et, pour faire bonne mesure, ils leur tirent le portrait, psychologique bien sûr.

Certes, la lecture de Rudhyar n’est pas facile. C’est probablement un obstacle pour les astrologues, qu’ils soient débutants ou expérimentés. Et comme beaucoup d’astrologues considèrent que la prédiction est la raison d’être de l’astrologie, ils ne sont pas très enclins à écouter le discours de l’astrologie humaniste.

Vers la fin des années 60, Rudhyar a considéré que le moment était venu de promouvoir activement cette branche de l’astrologie. Il l’appelait auparavant « harmonique ». Pour lui associer finalement le qualificatif de « humaniste ». Probablement par référence à la psychologie humaniste qui s’était puissamment développée aux États-Unis sous l’impulsion d’Abraham Maslow.

Quelles sont les spécificités de l’astrologie humaniste ?

  1. D’abord, elle possède un fondement philosophique et psychologique cohérent et holistique

Elle n’est pas simplement psychologique, même si l’aspect psychologique en fait partie. Puisque l’astrologie humaniste a pour vocation de prendre en compte la totalité de la personne que vous êtes. L’ensemble de votre potentiel et de votre vie.

  1. Ensuite, elle est essentiellement un langage symbolique

L’astrologie humaniste ne considère pas, par exemple, que les planètes sont des causes qui exercent une influence mystérieuse et irrésistible sur votre vie et votre caractère. Les planètes du système solaire et leur cycle symbolisent en fait des fonctions et des processus que l’on retrouve dans tout ensemble cohérent. Et il n’existe évidemment aucun lien de causalité qui relierait les positions des corps célestes aux événements de votre vie ou à vos attributs personnels.

Du point de vue de l’astrologie humaniste, il est stérile de chercher le mécanisme qui se cache derrière l’astrologie. Et, d’ailleurs, les astrologues partisans du déterminisme et de la causalité en astrologie ont jusqu’à maintenant été incapables, même au plan théorique, d’expliquer sur quoi se fondaient leurs affirmations.

Alors, mieux vaut reconnaître que nous ne savons pas comment l’astrologie fonctionne, d’un point de vue scientifique.

  1. L’astrologie est une méthode ancienne en constante évolution

Cela ne signifie pas qu’elle reprend à son compte la vision du monde à partir de laquelle s’est construite l’astrologie antique. Selon cette vision, les êtres humains sont soumis à l’influence de forces planétaires ou cosmiques. Votre thème natal vous est donc extérieur. Il ne représente qu’un ensemble chaotique de forces cosmiques dont vous subissez les influences. C’est une vision assez lugubre, pessimiste, car totalement déterministe.

Au contraire, une astrologie authentiquement humaniste considère chaque être humain comme un élément particulier de l’humanité. Un élément apparu à un moment et en un lieu particuliers pour répondre à un besoin humain, « cosmique », global. Ainsi, votre thème natal symbolise votre « dharma », votre vérité d’être, votre raison d’être, votre potentiel de vie. 

Certes, la réalisation de ce potentiel sera difficile, Mais il est naturel d’essayer de réaliser ce potentiel aussi pleinement que possible.

  1. Car votre thème natal symbolise votre potentialité

En vous aidant de votre thème natal, vous pouvez voir, dans les événements et les crises de votre vie, apparemment sans lien et souvent déroutants, des tournants pleins de sens dans un processus de réalisation qui dure toute la vie.

Vous n’êtes donc pas extérieur à votre thème natal, vous en êtes plutôt la totalité. Il n’est ni meilleur ni pire qu’un autre. Il est le meilleur pour le but particulier pour lequel vous êtes né.

Autrement dit, votre thème, avec ses planètes, ses aspects et ses progressions ne montre pas ce qui va se passer. Il vous dit plutôt le processus par lequel vous pourrez de façon efficace et consciente accomplir votre potentiel de naissance.

  1. L’astrologie humaniste réaffirme le caractère cyclique de toute chose

On peut regretter que d’autres courants de l’astrologie moderne oublient, comme l’on fait les astrologies gréco-romaine et médiévale, que les cadres de référence de l’astrologie sont fondamentalement cycliques.

La pensée linéaire, très en vogue dans l’astrologie, tend à considérer les éléments du thème natal comme des entités séparées et isolées. Non pas comme les éléments interdépendants d’un système d’ensemble.

Une approche cyclique veut, par exemple, que les aspects soient considérés comme des phases interdépendantes d’un cycle entier de relation. Chaque aspect dépend de sa place au sein d’un cycle entier de relations. Il y a donc, de ce point de vue, une différence réelle et importante entre les aspects croissants et les aspects décroissants.

Les aspects, comme les autres éléments de votre thème natal, ne sont donc pas des « instantanés » figés. Mais des moments d’un processus continu.

De trois préoccupations majeures

Michael Meyer, dans la suite de son article, évoque plusieurs sujets de préoccupation que lui inspire la situation de la communauté astrologique aujourd’hui. Il considère que cette situation se dégrade rapidement. Pour trois raisons, essentiellement.

1. Un retour en force de la prédiction dans l’astrologie

Un premier sujet de préoccupation est, selon lui, la réintroduction de la prédiction, du déterminisme et du fatalisme dans l’astrologie moderne. Au point que beaucoup oublient que ce n’est pas la seule approche de l’astrologie. Il attire l’attention sur les « dommages physiques, psychologiques et spirituels » que la prévision d’événements spécifiques peut provoquer. 

Il voit dans un long mouvement de la pratique astrologique vers le profane la cause de changements profonds. Au fil des siècles, depuis l’Antiquité, les astrologues se sont peu à peu concentrés sur les peurs, les ambitions, et les insécurités des individus. Les acteurs de cette dérive ont jeté, dit-il, le « discrédit sur l’astrologie ». Selon Meyer, ils se sont pliés servilement aux demandes « des petites gens comme des rois ».

Certes, des objections ont été formulées. Par Plotin, au IVe siècle, critiquant les prédictions astrologiques. Par Marcilio Ficin au XVe siècle disant son « dégoût pour les ogres mesquins et vulgaires du déterminisme astral ». Sans compter Paracelse, au XVIe siècle. Mais le mouvement est resté puissant.

Le déterminisme astral est un mensonge 

Qu’est-ce qui justifie une telle affirmation de la part de Meyer ? Le fait que la prédiction d’un événement particulier, pour une personne particulière, suppose l’action du déterminisme. Or, la physique moderne, dans laquelle on a souvent tendance à chercher la justification de nos idées les plus bizarres, a démontré que la seule forme de déterminisme admissible était purement statistique. Autrement dit, elle s’applique aux grands nombres et non aux individus. Ainsi, il est impossible de prédire la trajectoire d’une particule élémentaire. Et pourtant, les tenants du déterminisme astral prétendent prédire avec précision des événements spécifiques pour une personne spécifique.

Il existe en physique moderne un principe essentiel : le principe d’indétermination, également appelé principe d’incertitude, de Heisenberg (un des fondateurs de la physique quantique, prix Nobel en 1932). Ce principe stipule qu’on ne peut observer avec précision et simultanément la position et la vitesse d’un objet. Il faut donc choisir entre les deux variables. Car plus on connaît l’une, moins on connaît l’autre.

Et, ainsi que le rappelle Dane Rudhyar,

si nous examinons cette question de la prédiction avec honnêteté intellectuelle, nous devons admettre que lorsque l’astrologue prédit des événements futurs, il est rarement capable de déterminer à l’avance ce que seront exactement ces événements, dans quelles circonstances précises ils se produiront, et comment ils affecteront la conscience et la santé psychophysiologique de la personne.

Conclusion : une fois la prédiction énoncée, elle devient partie intégrante de la situation qu’elle annonce. Et l’astrologue aussi. Et il ne peut donc pas prédire l’effet de ses prédictions.

La question de la prophétie auto réalisatrice

C’est un sujet bien connu. Toute prédiction d’un problème à venir crée dans votre psyché une tension telle que vous allez faire, sans en avoir conscience, tout votre possible pour que la prédiction se réalise.  

D’autre part, comme vous le savez, ce ne sont pas les événements qui comptent mais votre attitude et votre réaction face aux événements. Ainsi que votre capacité à considérer tout événement comme constructif dans le long processus volontaire de transformation de soi.

En astrologie humaniste, toute crise est une opportunité de transformation. Comment savoir si une crise évitée pour tenir compte d’une prédiction n’aurait pas été l’occasion d’une expérience dont vous aviez besoin ? Comment savoir si une personne peu sûre d’elle et anxieuse ne va pas devenir dépendante de la prédiction de son astrologue ? Le besoin de prédiction rend à l’évidence dépendant de la personne qui prédit.

Michael Mayer pose alors une question de fond.

À quoi servent les prédictions ? 

Autrement dit pourquoi les astrologues font-t-il des prédictions ? Pourquoi le public les réclame-t-il ? À qui profite la diffusion de telles informations dans les magazines ? Réponse : à l’astrologue qui démontre ainsi sa « compétence » et au magazine qui gagne de l’argent en alimentant la soif de prédictions de ses lecteurs.

En réalité, l’astrologie prédictive prospère sur les peurs, les attentes et les insécurités. Elle affirme que « un homme averti en vaut deux ». Elle prétend que savoir à l’avance qu’un problème va se présenter permet de l’éviter. Ainsi, le problème est éliminé. Mais comment savoir si ce problème n’aurait pas disparu de lui-même, en l’absence de toute prédiction ? S’il n’aurait pas été surmonté sans difficulté ? Mieux encore, s’il n’aurait pas offert une opportunité de développement ?

Certains considèrent l’astrologie védique comme l’astrologie prédictive portée à sa perfection. En fait, elle conduit en général à mettre en œuvre, pour éviter les inconvénients provoqués par le karma, des pratiques de nature religieuse. Elle consiste à « soudoyer les dieux pour qu’ils atténuent la sévérité du destin ».

D’autres affirment même que prédire sa mort à une personne, c’est en fait lui donner un conseil compatissant : faire attention à sa santé !

Devant la soif fébrile de techniques de prédiction toujours plus puissantes, telle que nous la voyons aujourd’hui, Meyer s’interroge. Que serait notre monde si tout devenait prévisible ? On peut craindre qu’il rivaliserait, en termes de manipulation et de désespoir, avec le monde de 1984 de Orwell.

2. Établir les preuves de la fiabilité de l’astrologie 

C’est le deuxième sujet d’inquiétude, pour Michael Mayer. Il remarque que de nombreux astrologues pensent qu’il est possible de prouver que l’astrologie est un outil fiable. Et apte à prédire les événements, la personnalité et le comportement d’un être humain.

On peut s’interroger : puisque une analyse statistique est nécessaire pour apporter cette preuve, l’astrologie est-elle compatible avec les statistiques ? Par exemple, supposons qu’on constate qu’une majorité de personnes nées avec une configuration astrale particulière manifestent un comportement particulier. Comment savoir si la personne que vous avez en face de vous appartient à cette majorité ou à la minorité ?

Dane Rudhyar critique cette approche déshumanisé de l’astrologie. Ce que René Guénon appelait le « règne de la quantité ». Et c’est pourquoi il a voulu, avec l’approche humaniste de l’astrologie, remettre la personne à la place qui lui convient en astrologie, c’est-à-dire au centre.

En outre, affirme Meyer, s’il était prouvé que l’astrologie « fonctionne », qu’elle est fiable, on peut être certain qu’elle serait utilisée avec les pires résultats possibles. Heureusement, dit-il, il est hautement improbable que les astrologues trouvent un jour ce qu’il appelle leur « légendaire Saint Graal ». Car il y a des quêtes plus nobles qui attendent l’astrologie aujourd’hui. Des quêtes qui portent sur les principes fondamentaux à la base de l’astrologie. Et sur le voyage, qui dure toute votre vie, et qui consiste à prendre conscience de votre place, unique et utile.

3. Le renouveau des astrologies anciennes

Meyer ne remet en question ni la traduction minutieuse de textes anciens, ni l’analyse de ces textes et de leur environnement historique, ni leur exégèse et leur interprétation.

Ce qui l’inquiète en réalité, c’est la promotion de ces systèmes anciens de croyances. Ce prosélytisme se fonde sur l’idée qu’ils sont intrinsèquement supérieurs et plus valables que tout système moderne. C’est exactement ce qu’on appelle du fondamentalisme. Il s’accompagne souvent du dénigrement des approches contemporaines. Ce qui, pour Meyer, est l’indice d’une « malhonnêteté intellectuelle ».

On peut légitimement s’interroger sur la validité de ces approches anciennes en dehors du contexte historique et humain pour lequel elles ont été élaborées. Il en est de même avec l’astrologie védique. Cette dernière est parfaitement adaptée aux besoins très particuliers d’un hindou orthodoxe vivant dans un village en Inde. 

Dire cela, ce n’est pas dénigrer les autres formes d’astrologie. C’est reconnaître que chaque culture développe sa propre image de l’homme et de l’univers, et donc sa propre approche de l’astrologie pour répondre aux besoins spécifiques d’un groupe de gens défini, à une époque et à un endroit particuliers.

Parlant d’une « cristallisation de l’astrologie », Marc Edmund Jones en voyait les indices dans

(1) une vénération irraisonnée des vieux livres, (2) une déférence envers les pères de l’astrologie considérés comme infaillibles, et (3) l’idée que la vraie nature et les pouvoirs du thème natal ont été déterminés une fois pour toutes dans une obscure antiquité, quand ils ne venaient pas directement des dieux… « 

Mais il considérait l’évolution de l’astrologie d’un œil positif, car

l’explosion de l’intérêt [pour l’astrologie] au 20e siècle est due à sa transformation en un art hautement intuitif, bien différent des pronostics aveuglément fatalistes qui voyaient l’homme comme un pion impuissant dans une machination impitoyable.

Je cite intégralement la conclusion de l’article de Michael Meyer, car il propose une parfaite synthèse des idées qu’il y expose.

Le mouvement de l’astrologie humaniste peut être considéré comme un effort millénaire pour redonner à l’astrologie son aspect sacré et pour compenser les effets psychologiquement et spirituellement destructeurs de l’astrologie profane. Elle encourage et facilite la culture d’un type de pensée holistique, dont l’humanité a besoin maintenant pour franchir la prochaine étape de son évolution. L’astrologie humaniste est particulièrement qualifiée pour traiter des problèmes d’autoritarisme, de fatalisme, de « revivalisme » et de fondamentalisme au sein de la communauté astrologique. Elle replace le passé dans un contexte cohérent et significatif, et éclaire la voie vers des lendemains créatifs. 

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